Cher épuisement, je te quitte !

Cher épuisement, je te quitte

Tu es là, de plus en plus à ton aise dans une relation qui m’étouffe. Tu t’es installé chez nous, sournoisement. Dès ma grossesse, tu te cachais et prenais place petit à petit à chaque contractions (7mois c’est long, tu as bien fait ton nid)

Tu as apporté dans tes bagages une légère fatigue (pour le début) des angoisses, de la frustration et de l’énervement.

A la naissance du SiMignon, j’ai cru que tu étais parti, laissant place à notre grande joie d’être enfin 6… Notre bonheur était bel et bien là mais il te masquait seulement. Tu as attaqué avec quelques microbes me clouant au lit, puis il y  eu un été rempli de joies avec des mariages, la famille, les copains, les découvertes touristiques et les pleurs du SiMignon qui ne supportait pas son lait…

J’ai repris le chemin du travail en septembre, bien que fatiguée, j’étais confiante. La Crapule et le MiniMoy retournait avec joie à l’école, la MiniMiss était ravie de faire enfin partie du cercle des écoliers et le SiMignon avait adopté sa nounou en quelques minutes. J’étais heureuse de reprendre ma vie d’avant, de retrouver mes collègues, une vie loin de mon canapé.

Avec PapaCoq, nous avions repris l’habitude de nos dîners en amoureux une fois les enfants couchés…

Mais encore une fois, cher épuisement, tu ne m’as pas lâchée…

Tu étais tapi dans l’ombre, derrière chaque repas brûlé, derrière chaque pile de linge à plier, derrière chaque caisse de jouets renversés, derrière chaque douleur de ventre de la MiniMiss, derrière les frustrations du démarrage en CM1 pour LaCrapule, derrière chaque colère du MiniMoy qui ne demandait qu’à être écouté, derrière chaque dent du SiMignon, derrière chaque quinte de toux, derrière les séances de kiné et caché dans son flacon de ventoline. Derrière chaque attachage/détachage de siège-auto, derrière chaque chaussette égarée, derrière chaque « gamelle » oubliée pour mon déjeuner, derrière chaque message lu en diagonale auquel je n’ai jamais répondu, derrière chaque papier administratif pas rangé (La MiniMiss aura eu de quoi découper au moins !)

Tu étais là aussi dans les disputes des trajets en voiture (c’est peut-être là que tu as pris le plus de place !), dans les pleurs de fatigue, dans la frustration des enfants de me voir moins disponible, partout, dans chaque petit geste du quotidien.

Finalement, tu as fini par me forcer à me coucher vidée, démunie à 21h chaque soir. Mais une fois couchée dans le noir, tu libérais à petite doses des angoisses… Et si je dormais tellement fort que je n’entendais plus un enfant pleurer ? Et pourquoi j’ai crié ce soir ? Et pourquoi je n’ai pas su faire un repas équilibré ? Et pourquoi je ne fais pas tout comme je l’imagine au boulot ? Et pourquoi les milles idées qui se bousculent dans ma tête ne deviennent pas réalité ?

Cher épuisement, tu étais en train de gagner une bataille, de réellement prendre trop de place dans ma vie. Tu avais anéanti toute mon énergie physique et mis mon cerveau sur un circuit de course bien trop rapide pour moi. Ce décalage a failli avoir raison de moi.

Heureusement, tout le monde veillait et te surveillait ! La famille, les amis et les collègues ! Même les enfants ont flairé ta présence et ont su exprimer leurs besoins et apaiser leurs tensions (enfin presque…)

PapaCoq te guettait, prêt à te chasser au moindre signe et il a bien fait. Il a su observer, prendre du temps, être patient et à l’écoute.

Il m’a fallu des aides extérieures aussi pour mettre des mots sur ce que je ressentais et pour continuer ma lutte contre ton invasion invisible.

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La psychologue : pour apprendre à ne pas avoir une ToDo list de DIY longue comme la tour-eiffel, pour me rappeler les principes de la sophrologie et pouvoir mettre mon cerveau en pause la nuit (bon ça je galère… je cherche encore  le mode off), me dire que se faire une liste mentale de ses échecs du jour est contre-productif mais qu’une liste de mes réussites serait plus profitable, me donner un mantra « je suis géniale » pour les jours de doutes. Rien de révolutionnaire mais cela fait du bien de l’entendre et de s’y mettre !

Et enfin, quand tu m’as donné le coup de grâce avec une tendinite au poignet et une grippe, il y a eu le médecin. Qui malgré mes réticences a réussi à me convaincre qu’un arrêt de travail serait bénéfique. Il y a eu une négociation pour savoir combien de temps je devais rester à la maison. Une semaine, c’était notre compromis. Juste assez pour me reposer et ne pas me donner le sentiment d’avoir perdu mon combat contre toi cher épuisement.

Alors voilà, aujourd’hui, je te quitte. Tu peux remballer tes angoisses, ta fatigue chronique et ton énervement. Je vais me débrouiller avec ceux que j’aime maintenant, loin de toi.

Je ne renie pas notre histoire, elle fait partie de moi à présent. Tu m’auras apporté des questions, des envies de sérénité.

Alors je me suis organisée, on a revu notre organisation à 6, redéfini nos priorités de vie. Retrouver des temps  à 2 pour se ressourcer, j’ai appris à dire non aux milles idées qui m’assaillent chaque jour, à dormir non par nécessité mais par plaisir.

Alors comme je l’ai lu dans les trucs et astuces du blog Epuisement marternel, je vais anticiper les menus du lundi et du jeudi, les soirs les plus fatigants. Mais je resterais dans l’impro pour le reste !

Mon nouveau mantra « je suis géniale » je l’ai calligraphié et imprimé pour toujours me le redire !sketch26210484.jpg

Les 3 aînés ont un tableau résumant leurs tâches à accomplir le matin et le soir. (et j’avoue que se mettre en pyjama très tôt les apaise beaucoup !)p_20160125_140559_wm.jpg

Alors bien sûr, il y aura encore quelques temps des traces de ton passage, mes cauchemars la nuit quand j’ai l’impression d’être noyée dans un flot de travail et d’obligation. Il y aura cette sensibilité à fleur de peau que je vais devoir apprivoiser encore quelques temps, ce besoin de silence que je vais devoir trouver quelque part… (je songe aux boules quiès quand même… 😉 )

Mais…

Aujourd’hui, derrière les repas brûlés se cacheront un fou rire et un plat de pâtes au gruyère, on mangera des légumes demain.

Aujourd’hui derrière chaque pleur se trouveront un câlin, des mots doux ou une discussion.

Aujourd’hui, derrière chaque énorme pile de linge crachée par la machine, il y aura cette joie d’être 6, d’être une jolie tribu!

Aujourd’hui derrière chaque caisse de jouets éventrée, se glissera le souvenir de nos jeux en famille.

Aujourd’hui derrière chaque pleur de douleurs dentaires, il y aura la perspective d’une côte de bœuf à lui faire découvrir quand il pourra enfin mâcher.

Sans rancune… Je retourne vivre ma vie, celle que j’ai choisie !

 

Aujourd’hui, pas de tuto, pas dessins, juste un besoin de l’écrire ! Parce que certains d’entre vous m’aviez avertie, s’était inquiété… (Notamment lors de ce billet et celui-ci) mais aussi pour témoigner car je ne dois pas être la seule !

Ce sera aussi ma première participation « officielle » au projet de Agoaye (un défi ou un écrit pour la semaine 4  : ceci est un message personnel) et une envie de faire évoluer un peu le blog.

Merci de m’avoir lue et à très vite ! (je reviens vite vous montrer une jolie jupe!)

 

 

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28 réflexions sur “Cher épuisement, je te quitte !

  1. Ouaou Agnès bravo et merci pour ce très beau et poignant message… Tu sais que quand je sens que je vais « péter un câble » à la maison je pense souvent à toi et à ton dessin de la vague… Si si… Désoleée…;) Et bien là maintenant tout de suite tu n’en savais rien mais tu ne peux pas savoir comme ton texte tombe à pique… Tu mets des mots sur plein de choses et de sentiments qui me dépassent et que je n’arrive (ou n’arrivait héhé grâce à toi!) pas à nommer depuis l’arrivée de Lywenn… Alors tout simplement merci ! Et puis OUI TU ES GÉNIALE !!! Je veux bien t’envoyer ton mantra tous les jours par texto !!! Bisous bisous et à très vite pour la galette de 2016!!! Si si 2016 !!!

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  2. Je te lis alors que je suis dans mon fameux coup de mou de milieu de journée, l’épuisement ça me parle aussi bien. Et je n’ai qu’un enfant seulement, j’ose même pas imaginer à 4 !! Et je pense que je n’arriverai jamais à 4 j’en serai physiquement incapable…
    T’es vraiment géniale avec tout ce que tu fais oui, j’espère que ta semaine de repos te fera du bien et te ressourcera ❤

    Aimé par 1 personne

  3. Tu es géniale 😉
    Je t’envoie pleins de chaudoudoux ❤
    Dur dur d'accepter parfois qu'on n'est pas super woman et qu'on a du mal à tout assumer.
    Avec le temps, j'ai appris à ne plus culpabiliser s'il y a de la poussière sur le meuble télé (et il y en a souvent), si on mange des pâtes ou si on va chercher des pizzas (j'ai même appris à savourer ces moments), s'il y a trop de linge dans la panière, etc … Je me dis qu'il y a plus grave et que ça ne changera pas grand chose que la maison soit propre et rangée ou qu'on mange de bons plats tous les jours.

    Sinon pour mettre mon cerveau en OFF le soir, la seule solution que j'ai trouvé, c'est lire jusqu'à ce que je sente mes paupières lourdes (bon, il est souvent 00h30 et je me lève à 7h00 )

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  4. En effet, tu as écris pour toi, mais aussi pour beaucoup d’autres qui se retrouvent dans cette situation … Merci à ton mari d’avoir su identifier tout ca, et à toi d’avoir su t’arrêter Quand il en était encore temps.

    J’ai beaucoup aimé la fin de ton article (et les pates au gruyère, c’est bon ! :p).

    Chaque chose en son temps comme on dit !

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  5. Merci pour ce beau billet et bonne avancée pour la suite. Il y a des soirs aussi où après une journée en classe, le fait de récupérer mes 3 m’épuisent encore plus et je finis la journée sur les rotules mais il est vrai que les sourires reçus, les câlins, les discussions permettent de continuer à avancer. On parle du baby-blues (que je n’ai pas eu) mais c’est parfois l’après quelques années et la fatigue accumulée qui sont dures dures à gérer ! Bonne reprise et Oui tu es géniale ! Une super maman (je n’en doute pas) et une collègue avec qui j’ai eu plaisir (même si ça a été de courte durée) à travailler ! Je suis admirative de tes réalisations de couture, tes gâteaux, tes organisations d’anniversaires, soirée pyjama et autre ! Bravo. Bisous

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  6. Merci Madame… de bulles en aiguilles tu vas y arriver (et moi aussi), t’es à plat, mais l’Epuisement n’aura pas raison de ton optimisme, celui là est ancré dans tes gènes, encore plus profond !!!
    Ton analyse est précise, et voir tout ça ne pourra que t’aider à repartir avec plus de clairvoyance… dorénavant place quelques garde-fous et fais des pauses !!!!!!!!!
    Et dans tout ça moi aussi je retrouve beaucoup de mes propres sentiments, d’impuissance, de sensation de gâchis…

    Toutes mes félicitations pour cette rupture avec l’Epuisement !!! Bravo !

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  7. Bravo pour cette séparation réussie ! Bien sûr que je me reconnais dans ce que tu écrivais de l’épuisement (je n’ai accouché que 3 fois mais ma mère est comme un 4ème enfant…)… j’essaie de relativiser (mais je crois que tu l’as vu dans mon billet du jour ;-))

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  8. la fatigue, sournoise compagne que je connais bien aussi. après les 2 grossesses.
    heureusement que les papas sont là pour nous épauler et être patients!!
    je te soutiens dans ton changement, accepter que si la maison n’est pas parfaitement briquée ça n’est pas grave, nous ne faisons pas des repas dignes d’un nutritionniste tous les ours, tant pis!!
    on connait les règles, mais on peut faire des écarts, l’important étant d’être en accord avec ses sentiments et surtout aimer la vie et la rendre agréable.
    tu es sur la bonne voie !!!!!

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  9. C’est dingue comme mettre des mots sur nos maux peut faire beaucoup de bien…
    Je suis la reine des listes à rallonge pour me vider la tête !
    Très sympa l’idée du Mantra je vais essayer…
    Bonne séparation et bonne continuation ! 🙂

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  10. Eh bien félicitations pour cette première participation très réussie.
    C’est plein d’espoir et de bienveillance, j’aime pas, j’adore.
    Et j’espère que c’est un au revoir définitif :)))

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    1. Merci beaucoup pour ce si gentil commentaire et ta sélection lors de ta récap’, ça me touche! Merci à toi pour ce défi, sans toi ce billet aurais tourné en rond dans ma tête sans que je puisse le dire!

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