La femme en vrac

J’ai commencé à écrire un petit texte sur instagram mais j’avais trop à dire… Je mettrai cette bafouille là-bas mais je voulais garder ici une trace de mes réflexions actuelles. Alors en gras vous verrez le texte d’instagram et j’y ai ajouté des éléments de réflexion, des petits bouts de vie.

La femme en vrac…

Mon corps m’envoie des signaux forts.

Il avait essayé de m’avertir avec une tendinite au poignet puis avec des douleurs aux épaules après un léger accrochage en voiture… Et puis il y a eu ce portail à fermer. La douleur vive et violente qui m’a transpercé le dos. J’ai été forcée de déclarer forfait. Impossible de prendre ma classe en charge. Impossible de rentrer chez moi. Je pouvais juste pleurer et compter les heures pour patienter jusqu’au prochain cachet.

Et puis culpabiliser un peu déjà… Et mes élèves comment vont-ils faire ? Et mes collègues, elle vont devoir prendre le relais et se fatiguer un peu plus? Et les enfants, comment je vais leur faire à manger? Et je leur avais promis de faire le sapin? Et PapaCoq, il va devoir gérer toute la maison et les enfants, les courses, les repas (bon en vrai il gère déjà la maison donc je ne sais pas pourquoi j’ai culpabilisé pour ça…)

1 mois et demi de dos en vrac ça demande de ralentir, de s’arrêter même.

1 mois et demi d’arrêt maladie c’est compliqué à vivre. Cette impression de “profiter” du système, d’être un boulet pour la société…

D’être un poids pour sa famille.

1 mois et demi, ça permet de se reposer, de réfléchir.

De partir en vrille aussi… de se dire qu’on est nulle… que si on avait fait autrement cela ne serait pas arrivé. Que si on faisait plus attention à soi, notre corps aurait tenu bon. Que si on avait demandé de l’aide avant le point de rupture on aurait évité de mettre la famille et les collègues dans le pétrin…

Et pourtant… j’ai eu l’impression de m’écouter. J’ai adapté mon travail pour ne pas trop utiliser mon poignet et pouvoir guérir rapidement.

J’ai été voir l’ostéopathe pour me remettre d’aplomb après l’accrochage.

J’ai dit aux enfants qu’on allait faire simple le soir et on a mangé beaucoup de pâtes 3 minutes. Je me suis couchée tôt…

Et même avant, je n’avais pas l’impression de forcer avant que mon corps lâche… Je prenais du temps pour moi, je me sentais bien dans ma nouvelle école, j’avais recommencé la couture, je m’étais inscrite au sport…

Et au final je me retrouve à demander à mes collègues de gérer les enfants matin et soir, à demander à PapaCoq de rentrer tôt pour gérer les enfants, à demander aux enfants de préparer certains repas…

Sans compter l’annulation des vacances et du 31 qui aurait dû être breton avec les copains…

1 mois et demi de douleur et d’opium c’est aussi l’occasion de penser l’organisation différemment, d’en demander plus aux enfants pour en faire moins, c’est apprendre à demander de l’aide aux parents, aux amis, aux collègues (en pensant quand même qu’on est vraiment nulle).

Quand mes collègues se sont organisées pour trouver une solution pour que les enfants puissent retourner à l’école je me suis dit que j’étais sacrément chanceuse et il a fallu que j’accepte leur aide !

Quand PapaCoq m’a dit va prendre un bain chaud, va te coucher, reste assise, prends un plaid de plus, il a fallu que j’accepte.

Quand mes parents m’ont dit qu’ils prenaient les enfants pour leur faire prendre l’air, j’ai dû accepter.

Quand ma belle-mère a déménagé les chambres des enfants pendant les vacances avec PapaCoq j’ai dû accepter de la laisser s’épuiser à ma place.

Quand les enfants m’ont dit qu’ils allaient préparer les repas j’ai dû accepter. Accepter aussi d’entendre les “oups” et de les voir courir à la salle de bain chercher des pansements quand l’économe avait choisi de leur éplucher un peu les doigts au passage.

Il a fallu accepter de recevoir les amis en restant assise, accepter de me faire gronder quand j’essayais malgré tout d’aller vers ma cuisine.

Se laisser surprendre par les gentilles attentions, les doux messages et les collègues qui débarquent avec le champagne pour trinquer à la nouvelle année sans prévenir.

Accepter de perdre le contrôle et accepter d’être épaulée.

1 mois et demi c’est le temps qu’il faut pour apprendre à accepter d’être aidée, aimée et d’avoir le droit d’avoir mal avec un peu moins de culpabilité.

Bon je l’écris mais c’est pas encore tout à fait réglé cette affaire là. Ma culpabilité est passé de 100% à 75% mais c’est un beau progrès. Et puis j’ai accepté de l’aide mais je suis fière aussi d’avoir réussi à en demander !

1 mois et demi dans son canapé c’est l’occasion de réfléchir à ce que l’on veut faire, à préparer des projets pour prendre vraiment soin de soi.

C’est garder l’espoir de pouvoir faire du sport un jour, d’essayer enfin le yoga. de renouer avec la sophrologie qui m’avait tant plu lors de la préparation à l’accouchement pour le SiMignon.

C’est réfléchir à organiser des temps de pause différents de ceux déjà en place…

C’est relire des textes enfouis, oubliés, reprendre des dessins…

C’est redéfinir les rôles à la maison, organiser une nouvelle routine.

1 mois et demi c’est long, trop long.

certains jours je me sens comme un lion en cage, je bouillonne intérieurement, mille projets se bousculent dans ma tête. J’ai même eu envie de me mettre à la course à pieds, de faire des abdos et de la corde à sauter, c’est vous dire si je n’en peux plus de cette inactivité.

J’ai eu envie de m’arracher le dos avec un cutter, de dormir pendant 3 semaines…

J’ai aussi eu envie de prendre du temps pour moi. J’ai réussi à lire, à regarder des films, à prendre des bains brûlants pendant des heures, à dessiner…

Mais vivement le retour à une vie plus normale !

Aujourd’hui j’ai envie de garder espoir un jour je n’aurais plus mal et ce long repos forcé, cette douleur me permettront de grandir, de changer, d’évoluer.

Et cette photo faite par LaCrapule montre la réalité d’une vie ordinaire. Une maman en vrac qui fait de son mieux et qui n’est peut-être pas si nulle dans le fond…

Je lui ai demandé de prendre cette photo. Je voulais la garder pour les jours de moins bien. Pour me rappeler que malgré tout j’étais restée une mère, une femme, une fille, une amie, une collègue qui pouvait être aimée et entourée. Une Femme qui fait de son mieux chaque jour et qui arrive à construire de belles choses.

Sur la photo je signe une évaluation tout en discutant de ce devoir avec LaCrapule. Le SiMignon venait de lâcher ma jambe car il voulait un câlin. Depuis le salon le MiniMoy me récitait sa poésie et la MiniMiss me demandait d’imprimer des images pour l’école.

Le repas était presque prêt et la cuisine en vrac. Une scène de vie banale, habituelle.

Une de celle que je vis chaque soir. Et pourtant ce soir là en essayant de me tenir bien droite sur mon tabouret pour gérer le quotidien, je me suis demandée si dans l’ordinaire du quotidien une mère avait le droit de se trouver extraordinaire.

Je me suis dit que si je voyais une autre femme, un autre homme faire ce que j’étais en train de faire, je le trouverais épatant ! J’ai voulu me donner la permission de me trouver super (c’est pas gagné mais je progresse).

Nous sommes tous des gens extraordinaires, des personnes admirables, des gens biens !

Ce long texte n’a pas l’objectif de me plaindre, de me faire plaindre, de demander de la compassion ou de l’amour. Si je l’écris c’est pour mettre en mots ce que je ressens pour me rendre compte du chemin que je parcoure, pour ne pas oublier. C’est aussi pour remercier tous ces gens qui m’ont aidé par des actions, des gestes et de doux mots de réconfort (dans la vraie vie et par message)

Et si je le partage c’est juste pour que ceux qui auront eu la force de lire jusqu’au bout puissent se sentir beaux, forts et qu’ils sachent que nous sommes tous des gens biens malgré nos faiblesses et nos défauts !

C’était un long texte…

Maintenant vais essayer de patienter encore quelques jours, semaines pour être parfaitement rétablie.

6 réflexions sur “La femme en vrac

  1. Je comprends pas comment une femme comme toi, peut se trouver nulle.
    On comprends pas comment tu (vous) arrives à faire autant de choses ( mère de 4 enfants, travailler à temps plein, recevoir régulièrement tes amis, faire des activités créatives avec tes enfants, emmener tes enfants à leurs activités, être engagés dans des associations,gérer les travaux de la maison, …. J’arrête la liste la juste pour faire moins long que ton article mais y a matière à continuer 😉
    Tu es extraordinaire
    😘

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  2. Je vous ressemble (pour le côté « je n’écoute pas les signaux de fatigue envoyés par mon corps qui souffre… ») alors je ne peux que vous comprendre…
    Je vous envoie de la patience pour que vous puissiez terminer votre temps de repos avec une certaine sérénité.
    Vous êtes EXTRA-ORDINAIRE… Bravo pour tout ce que vous faites pour votre famille, vos amis et les autres…
    Que cette journée vous soit aussi douce et agréable que possible !

    Aimé par 1 personne

  3. Tu n’as pas idée comme ton texte me fait du bien : ca fait du bien de voir qu’on pourrait former une #teamvrac :-). Moi c’est le cerveau qui est en vrac depuis décembre… ce n’est le dos qui a laché cette fois (a force j’y fais plus attention) mais les glandes lacrymales…bref pas évident du tout de devoir tout stoppé, d’accepter l’aide de médicaments pour pouvoir « dé-vraquer » tout ça, d’accepter de lacher le quotidien, de laisser les autres faire ce qu’on ne peut plus… Mais comme toi l’impression de vraiment apprendre ce que veut dire le mot « temps » : il faut prendre le temps, ca va prendre du temps :-). Je n’ai meme pas réussi a me remette a la couture mais pour les petits plaisirs quand même j’ai decouvert netflix et un tas de chouette séries ! Gros bisous à nous, avec du temps on en sortira changées 🙂

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